Dès les premiers jours de mon arrivée à Pondichéry, je suis allé rendre une petite visite à Monsieur Aroul. Il était assez fatigué et semblait surtout atteint, moralement, de voir sa grande maison se vider, peu à peu, par les départs successifs de ses enfants et petits enfants vers la France
Il était cependant très sensible aux dernières nouvelles que je lui ai apportées de la France. Il parlait de l’Atelier de Pondichéry avec nostalgie et j’ai compris qu’il suivait encore très attentivement la marche de l’Atelier dirigé par son ami, M. Douressamy.
Quelques jours après, le 1er août, je suis retourné chez lui avec Monsieur Douressamy, M. Cyrile, Radha, chef de l’Atelier et les deux représentantes des brodeuses, c’était le jour de son anniversaire !
Sachant qu’il n’accepterait aucun cadeau, nous lui avons apporté un collier de fleurs qu’il reçut avec plaisir.
Il était en meilleure forme que lors de ma précédente visite.
La semaine suivante, il a été hospitalisé pour l’opération d’une hernie, opération qui s’était bien passée. Trois jours après, il est rentré chez lui.
Le soir du vendredi 12 août, les brodeuses ont quitté le travail dans la joie de pouvoir profiter des 4 jours d’un long week-end qui les attendait (le lundi 15 et le mardi 16 août étant des jours fériés à Pondichéry). Quelques unes d’entre elles devaient même partir loin de la ville.
Le Samedi 13, quand je suis rentré chez moi vers 23 heures, j’ai appris la disparition de notre cher Monsieur Aroul ! Ce fut un choc de plus… un choc plein de tristesse.
Je me suis rendu chez lui vers minuit, il y avait déjà plusieurs de ses proches autour du cercueil, y compris quatre ou cinq brodeuses. Le fils et la belle-fille de M. Aroul m’ont dit qu’il s’était éteint vers 20h30 sans souffrir.
Je me suis assis avec les autres, près du cercueil, pour la veillée du corps. Ce petit moment m’a permis de repenser à tout ce que ce Monsieur avait apporté à l’Atelier depuis trente ans…
Après une carrière passionnante dans l’administration française et indienne de Pondichéry, où il était Directeur des Impôts, ensuite Directeur de l’Education Nationale,
Le dernier C.A. présidé par Monsieur Aroul en Août 2004.
M. Aroul s’est entièrement et bénévolement consacré à notre Atelier. Membre du Conseil d’administration de 1975 à 1980. Directeur, sur demande de M. Gérard et de Marie-Rose Carlié, de 1980 à 1984, Président de 1984 à 2004, enfin Président honoraire depuis août 2004.
L’Atelier de Pondichéry lui doit la mise en place d’une structure administrative forte et stable, les congés de maladie, l’affiliation à la Caisse de retraite avec l’aide de M. Ambroise et de M. Britto, l’amélioration des protections sociales etc. C’est lui qui a amené le Docteur Balasubramanian dans notre « action », il était un des principaux artisans du développement de l’actuel Hôpital de CERTH INDIA…
Le nouveau président Monsieur Douressamy et le conseil le nomment "Président Honoraire".
Le lendemain, dimanche 14 août, Monsieur Douressamy et moi-même, avec Radha et quelques responsables de l’Atelier, nous avons essayé d’avertir le plus de monde possible, mais malheureusement, avec ce long week-end, nous n’avons réussi à toucher que très peu d’ouvrières. Même le Docteur Balasubramanian, très proche de M. Aroul, était en voyage, loin de Pondichéry. Le Comité Directeur a été informé. Les obsèques ont eu lieu ce même jour à 15 heures. Tout s’était passé très vite, tout me semblait irréel.
Monsieur Aroul est parti simplement et discrètement, comme il l’avait toujours souhaité !
Le mercredi 17 août, à la reprise du travail, c’était l’incrédulité et la consternation au sein des ouvrières. La plupart des brodeuses pleuraient de ne pas avoir été là pour dire « adieu » à ce Monsieur, pour son dernier voyage, alors que lui, il les avait accompagnées depuis plus de trente ans !
François Casimir
Monsieur Aroul s’en est allé, discrètement, comme il a vécu ces trente dernières années à la tête de l’Atelier à Pondichéry.
Chaleureux, sous un abord austère, il avait pour ambition d’améliorer chaque fois qu’il était possible les conditions de vie des Brodeuses dans leur quotidien.
Sa grande connaissance de l’administration et de la législation indiennes lui ont permis de mettre en place, au fil des ans, les structures administratives et sociales dans le but d’assurer un fonctionnement sérieux et solide indispensable pour pérenniser l’œuvre initiée par Nicole et Henri Durieux.
Il attachait aussi beaucoup d’importance à l’échange. C’est pourquoi il avait pris soin de s’entourer de personnes capables d’entretenir une proximité auprès des Brodeuses, conscient que sa forte personnalité et sa distance apparente pouvaient parfois faire obstacle à une bonne communication.
Il avait beaucoup d’admiration pour le travail énorme accompli par tant de bénévoles en France. A chaque entretien ou courrier que nous partagions, il ne manquait jamais de nous remercier tous sans oublier «Madame Marie-Rose Carlié et Monsieur Louis Fournier».
Lors de notre dernier entretien téléphonique, à l’occasion de son anniversaire le premier août, Monsieur Aroul nous disait être fatigué mais tranquillisé par le suivi médical assuré par son fils médecin qui vivait avec lui.
Il a rejoint son épouse mais aussi Messieurs Gérard, Britto et Ambroise avec lesquels il a tant partagé.
Adieu, Cher Monsieur Aroul et Merci …
André Chantrel
président