Le nouveau film d ’Anne-Marie Masquin.
"Dubrayapeth, un village parmi les 500 mille que compte l’Inde…" sur ce commentaire, la caméra balayait doucement une plage et nous entraînait avec beaucoup de délicatesse à découvrir la vie d’Annamma, une des ouvrières de
l’Atelier de Pondichéry. La chaude voix de Marie-Rose et celle, plus grave, de Dominique Péccoud accompagnaient merveilleusement les magnifiques images en 16 mm que nous mettait en scène, avec beaucoup de pudeur et de finesse,
Anne-Marie Masquin.
Nous connaissons, tous, par coeur ce " grand classique "… Cette oeuvre d’Anne-Marie a non seulement contribué d’une manière incroyable au succès des expositions, mais elle a également aidé les responsables à sensibiliser et à bâtir les équipes dans chaque ville. Depuis près d’un quart de siècle maintenant, parmi les milliers de visiteurs ayant vu le film, nous ne connaissons personne qui soit restée insensible à la sortie des projections. L’Atelier ne sera jamais assez reconnaissant envers Anne-Marie pour ce précieux cadeau qu’elle lui a fait. En 1976, entourée d’un groupe d’amis, Anne-Marie a réalisé bénévolement, le film " l’Atelier Au Fils d’Indra " à Pondichéry dans des conditions et des moyens techniques inimaginables.
En 1997, après plus de vingt ans, il devenait indispensable d’actualiser ce film. Qui d’autre mieux qu’Anne-Marie pouvait le faire ? Nous nous sommes de nouveau tournés vers elle. Anne-Marie a bien voulu accepter, mais le tournage d’un film professionnel a un prix, il est élevé. Notre souci et celui d’Anne-Marie était le budget. Anne-Marie, bien entendu, le ferait bénévolement, mais la présence de deux autres professionnels
qui, eux, ne seraient peut-être pas entièrement bénévoles, lui était nécessaire. Nous avons cependant prévu un budget raisonnable pour le tournage et le montage. Quelque temps après, Anne-Marie a eu un accident de voiture qui l’a immobilisée pendant plusieurs mois. Ce fut, pour Anne-Marie, une très grande épreuve.
En 1998, malgré ses soucis de santé, Anne-Marie a tenu à faire un voyage personnel à Pondichéry, afin de se replonger dans l’ambiance de l’Atelier avant la préparation du film.
En février 2000, Anne-Marie est repartie à Pondichéry avec deux grands amis de l’Atelier dont un est, entre autres, un amateur de vidéo averti. Il s’agissait de Jean Romanelli et de son épouse Nadine ; ce qui nous a épargné la charge financière de deux professionnels. Ce trio bénévole a, pendant deux semaines, travaillé
très dur pour nous rapporter la matière du nouveau film en images numériques. Il ne suffit pas d’avoir des images, il fallait, pour ce travail, un studio de montage dont la location coûte très cher !
Jean a pu obtenir gracieusement de M. Francis Valois, directeur du Centre audiovisuel cinématographique sannoisien, la mise à disposition d’un studio de montage tout équipé ! Ensuite a commencé un très long travail de montage, de sonorisation et de mixage. Anne-Marie et Jean ont travaillé des jours et des jours sans compter, y compris souvent les week-ends, pour que la sortie du nouveau film soit un des éléments majeurs de l’anniversaire des 30 ans de l’Atelier. Ce travail a duré près de trois mois !
C’est avec émerveillement que tous les participants au Congrès ont pu voir le nouvel "Atelier Au Fils d’Indra". Dès la première séquence, nous sentions déjà l’immense talent d’Anne-Marie. Les magnifiques images qui ont suivi nous ont fait découvrir, à l’Atelier, la vie de deux brodeuses : Kamalarâni et Philomène, ainsi que celle de Segar, un calqueur. Les superbes mouvements de caméra et les plans rapprochés, donnent au film une esthétique remarquable. La caméra qui survole les toiles, en cours de réalisation, capte admirablement la technique de cet art unique de broderie dont nous sommes tous fiers. Les commentaires d’une professionnelle du métier, Marie Guyard, ajoutés à ceux d’Anne-Marie, de Nadine et de Jean, sont très clairs et précis. Le chant de Raja, un dessinateur de l’Atelier, et la musique de Kumar, un de ses amis, sont parfaits. Nous étions tous tellement captivés que nous n’avons pas vu les 28 minutes passer.
L’Atelier dispose maintenant d’un nouveau film ; " Annama " peut prendre tranquillement sa retraite, après avoir enchanté et ému pendant près d’un quart de siècle des milliers et des milliers de personnes.
Le Conseil d’administration avait prévu un budget de 100 000 F. Or, ce film nous a coûté moins de 35 000 F. ! Ce qui est, pour une œuvre professionnelle de cette qualité, impensable. Cela n’a pu se faire que grâce à l’enthousiasme et à l’immense générosité d’Anne-Marie, de Jean, de Nadine, de Marie Guyard et de Monsieur Francis Valois. Qu’ils reçoivent tous notre profonde reconnaissance et notre chaleureuse amitié. Nos remerciements les plus sincères au Centre audiovisuel cinématographique sannoisien.
François Casimir